Document de discussion de l’AFPC : Construire sur du roc : le développement des sections locales et l’avenir
de l’AFPC
Introduction
Le développement des sections
locales ne représente rien de moins que le développement du plein potentiel
syndical des membres, à l’échelle individuelle et collective, dans le milieu
de travail, dans notre syndicat et dans nos collectivités. À ce titre, il s’agit
toujours d’un travail en cours, d’un travail qui devrait modeler nos
activités quotidiennes à chaque palier de notre organisation ainsi que notre
stratégie pour l’avenir. C’est n’est pas un idéal abstrait : le
développement des sections locales peut et devrait être minutieusement
planifié et comprendre des objectifs, un échéancier et une orientation
stratégique.
Un syndicat ayant des sections
locales faibles est un syndicat construit sur du sable. Lorsque surviennent des
moments de crise, et lorsque les fondations menacent de s’écrouler, le géant
endormi ne se réveille tout simplement pas. Les membres laissés en dehors de
toute participation, non informés, mécontents et généralement ignorants de
la vision syndicale ne répondent pas à l’appel. Ils ne se transforment pas
en militant-e-s syndicaux du jour au lendemain lorsque, par exemple, une grève
est déclenchée ou lorsqu’un gestionnaire maltraite ou harcèle un collègue
de travail. Pour construire une section locale, il faut gagner les cœurs et les
esprits, un membre à la fois; il s’agit d’un processus lent, mûrement
réfléchi.
Historique
À cet égard, il est essentiel
que nous examinions notre propre histoire honnêtement et que nous
reconnaissions que des erreurs ont été commises. Jusqu’à assez récemment,
l’an 2000, pour être précis, le développement des sections locales ne
constituait qu’une priorité parmi des douzaines d’autres que le syndicat
avait adoptées. Il est vrai qu’il y a eu d’autres initiatives comme le
Groupe de travail anti-maraudage et son rapport et ses recommandations quelques
années plus tôt, mais il manquait une orientation stratégique pour l’ensemble
de l’AFPC.
L’AFPC, depuis sa création
en 1966, a démontré d’importantes forces et également d’importantes
faiblesses. Notre représentation d’individus est généralement satisfaisante,
notre défense de questions comme les droits politiques et l’équité
salariale est exemplaire et notre programme d’éducation n’a pas d’égal.
D’autre part, trop souvent nous n’avons pas réussi à insuffler aux
syndiqué-e-s de la base une conscience syndicale, une confiance dans l’action
collective dans le lieu de travail et ailleurs.
Par conséquent, bon nombre de
membres nous ont considérés comme un genre de compagnie d’assurance, comme
« le syndicat », quelque chose de distinct d’eux-mêmes vers
laquelle une personne peut se tourner dans des moments de difficulté. Nous
avons, historiquement, favorisé les solutions administratives aux problèmes du
lieu de travail : à titre d’exemple, un membre harcelé se tourne vers
le « syndicat », non pas vers les collègues de travail, un grief ou
une plainte est rédigé et l’affaire suit son cours individuel. Cependant,
une section locale suffisamment mobilisée serait en mesure de prendre une
action collective sur-le-champ.
Les sections locales, de
nouveau historiquement, ont souvent subsisté grâce à une poignée de
bénévoles et à de maigres ressources économiques. Cela ne signifie pas que
certaines sections locales n’ont pas remporté des succès – ce fut le cas
de bon nombre – mais des problèmes importants existent dans beaucoup d’autres,
peut-être dans la plupart : les grandes sections locales couvrent de
nombreux lieux de travail avec l’aide de trois ou quatre bénévoles seulement;
plusieurs sections locales en place dans un même lieu de travail ne
communiquent guère entre elles, même sur des questions qui touchent l’ensemble
du syndicat; des sections locales dont l’effectif se renouvelle rapidement;
des sections locales à l’échelle nationale; des sections locales à charte
directe; des sections locales bien organisées à l’interne mais non
impliquées dans leur région ou dans l’AFPC en général; des sections
locales qui n’existent que sur papier; des sections locales en tutelle. Les
militant-e-s des sections locales ont été confrontés à des problèmes de
communications avec les membres, avec leur Élément et avec le Centre de l’AFPC.
Comité de développement des
sections locales
En 2000, le Centre de l’Alliance
a conclu, au moment d’une retraite à Cornwall, que le développement des
sections locales présente une importance majeure pour l’avenir de l’AFPC.
En 2001, le Conseil national d’administration a convenu d’établir un
comité de développement des sections locales constitué de membres du CEA et
des président-e-s d’Éléments et financé conjointement par le Centre de l’Alliance
et les Éléments qui souhaitent participer. Un nombre suffisant d’Éléments
a répondu à l’appel pour faire en sorte que le comité soit viable et puisse
entreprendre ce qui, de l’avis de chacun, ne constituait qu’un travail
préliminaire.
Par conséquent, il a été
convenu que le Fonds de développement des sections locales ne servirait pas au
financement de sections locales fortes, pas plus que le Comité de
développement des sections locales ne pourrait, à lui seul, résoudre un
problème aussi fondamental et répandu au sein de notre syndicat. Cependant, il
serait possible d’établir un plan d’action stratégique, de répertorier
les réussites et d’élaborer les étapes futures en fonction de ce qui a
été appris.
Cette nouvelle orientation
favorise le développement continu de relations harmonieuses entre toutes les
différentes structures et formations de l’AFPC, chacune d’entre elles
apportant à cette tâche commune des connaissances, des compétences, des
ressources et des perspectives uniques. En construisant nos sections locales,
nous construisons véritablement le syndicat.
L’objectif du Comité de
développement des sections locales du CNA consistait à lancer le processus au
moyen de deux activités complémentaires : des projets pilotes entrepris
avec certaines sections locales et la production, basée sur l’expérience
acquise, de documents génériques pouvant servir d’outils de syndicalisation.
Attendu que les sections
locales les plus nécessiteuses étaient les moins susceptibles de pouvoir
élaborer des propositions par elles-mêmes, il était, à ce stade, essentiel
que le choix des sections locales pour le processus pilote de développement se
déroule à un niveau plus élevé. On a utilisé une démarche consultative
impliquant les VPER, les Éléments participants et les bureaux régionaux qui,
ensemble, ont formulé les propositions au Comité de développement des
sections locales. La plus grande part du travail devait se dérouler en équipes
au sein des régions, sous la surveillance du Comité de développement des
sections locales.
Le développement des sections
locales suppose un certain nombre de facettes, notamment les communications, un
comité exécutif et un réseau de délégué-e-s syndicaux forts, une action
sociale qui fait appel à la diversité de nos membres, les relations avec l’employeur,
les actions collectives dans le milieu de travail, la participation à la
négociation collective, la santé et la sécurité, le militantisme en matière
de droits de la personne et d’équité, l’action politique et la
participation au sein de la collectivité en général (par exemple, les
Conseils du travail de district, les partenaires sociaux, les organismes
communautaires). Le développement des sections locales suppose la pleine
participation de membres bien informés qui partagent la vision syndicale et
auxquels les dirigeant-e-s élus doivent rendre compte : en un mot, il s’agit
de démocratie.
Le mandat et les objectifs du
Comité, 2002 à aujourd’hui
1. Jouer un rôle clé dans une
stratégie à long terme globale de développement des sections locales de l’AFPC;
2. utiliser le Fonds de
développement des sections locales pour lancer des projets pilotes et créer
des ressources de développement des sections locales;
3. établir et renforcer les
partenariats entre et parmi les militant-e-s des sections locales, les
Éléments, le siège social de l’AFPC, les bureaux régionaux de l’AFPC,
les conseils régionaux, les VPER, le réseau des formateurs et formatrices de l’Alliance
et la collectivité plus vaste afin de réaliser conjointement l’objectif
commun du développement des sections locales;
4. préparer un rapport complet,
avec analyse et recommandations au CNA après l’achèvement du plan d’action.
Le plan d’action du Comité
de développement des sections locales
1. Après consultation avec les
Éléments concernés, les VPER et les coordonnatrices et coordonnateurs
régionaux, on choisira, à même les Éléments participants, jusqu’à cinq
sections locales par région qui présentent des problèmes organisationnels
importants, par exemple, des lieux de travail éparpillés, peu ou pas de postes
exécutifs comblés, un nombre important de membres, de mauvaises
communications, des sections locales isolées, le remplacement rapide de l’effectif,
etc.
2. Utilisant l’expertise
disponible, les bureaux régionaux, de concert avec les exécutifs/militant-e-s
des sections locales, les VPER et les VPR des Éléments effectueront une
évaluation complète des besoins de chaque section locale afin de relever les
obstacles, les forces et les faiblesses.
3. Une fois l’évaluation des
besoins terminée, des équipes seront constituées du VPER, du VPR de l’Élément
(ou représentant-e délégué-e), du personnel du bureau régional et, si
nécessaire et si possible, de formateurs et formatrices et de militant-e-s des
autres sections locales ayant une expertise pertinente.
4. Ces équipes se réuniront
avec les exécutifs/militant-e-s des sections locales dans les sections locales
cibles, en sessions facilitées pour établir un plan d’action avec échéance
pouvant aller jusqu’à un an afin de développer la section locale en
utilisant des ressources comme « La section locale efficace ». Ce
plan d’action doit définir les besoins en ressources, comme les documents d’éducation,
de formation et autres documents imprimés, les locations de films, l’informatique,
etc. et établira les coûts de la mise en œuvre (congés non payés,
documents, etc.) pour examen par le Comité de développement des sections
locales, en consultation avec le VPER. En outre, il établira des points
repères pour mesurer les progrès pendant et après l’achèvement du plan d’action.
5. Le Comité de développement
des sections locales, en consultation avec le VPER, l’Élément et le bureau
régional, surveillera la mise en œuvre de chaque plan d’action. Les problèmes
seront abordés à mesure qu’ils se soulèveront.
6. Après achèvement des plans
d’action à l’échelle du pays, les équipes régionales prépareront un
plan d’action complet et une analyse portant sur chaque section locale cible,
résumant les échecs et les réussites, ce qui a fonctionné, ce qui n’a pas
fonctionné, etc.
7. Ces rapports constitueront
la base d’un recueil des meilleures pratiques, outil d’organisation des
sections locales, à titre de guide « Comment faire » qui
complétera le document « La section locale efficace ». Il serait
présenté sous forme de feuilles mobiles pour permettre des ajouts futurs.
8. Un rapport fondé sur les
rapports régionaux sera préparé à l’intention du Conseil national d’administration
et renfermera une analyse et des recommandations pour l’avenir.
Prochaines phases de
développement des sections locales
Le développement des sections
locales ne constitue pas simplement une initiative parmi tant d’autres. Il est,
ou devrait être, au cœur de chaque activité syndicale à laquelle nous
participons. Que nous traitions d’éducation syndicale, d’équité, de
négociation collective, de syndicalisation, de représentation, d’action
politique, de communications, ou de quelque autre activité à laquelle le
syndicat participe, le développement des sections locales devrait constituer
une priorité dès le départ. Pour ce faire, il faudra effectuer, à tout le
moins, un virage culturel au sein de l’AFPC.
Dans le passé, nous avons eu
tendance à considérer ces activités comme étant en quelque sorte distinctes
les unes des autres ou, à tout le moins, non liées dans une vision commune.
Pourtant, la réussite de la négociation collective est certainement associée
à la mesure dans laquelle les sections locales sont bien informées,
mobilisées et possèdent un niveau élevé de conscience collective et
syndicale. Plus forte est cette solidarité fondamentale, plus grand est notre
pouvoir à tous de conclure de bonnes conventions collectives.
En outre, nous devrions être
en mesure de compter sur les sections locales qui possèdent une conscience
syndicale suffisante pour pouvoir se soutenir les unes les autres. Par exemple,
traditionnellement, les sections locales à « employeur distinct » n’ont
pas réussi à obtenir le soutien en grand nombre des autres sections locales de
la région en cas de grève ou de lock-out. Ce fut trop souvent le cas, même
dans les régions ayant de fortes concentrations de membres du syndicat. L’entraide
des sections locales devrait constituer une évolution naturelle de l’entraide
des membres au sein d’une même section locale. Un programme d’entraide des
sections locales peut aider, non seulement dans le processus de la négociation
collective, mais également sur le plan de l’éducation, de la mise en place
de mesures collectives au sein du lieu de travail, du partage des « meilleures
pratiques » afin de surmonter les problèmes et de différentes autres
façons.
La recherche de l’équité a
également connu des réussites partielles. Très souvent, les membres des
groupes d’équité ont été les plus actifs au sein d’entités régionales
et nationales lorsqu’ils étaient mus par des préoccupations précises en
matière d’équité. Par ailleurs, il devrait être manifeste que l’intégration
de la recherche de l’égalité à titre de partie essentielle du
développement d’une section locale se fait attendre depuis déjà trop
longtemps. C’est au niveau des membres d’une section locale que les
initiatives en matière d’équité sont les plus nécessaires; c’est au
niveau de la section locale que l’éducation doit commencer et c’est à ce
niveau que les diverses cultures et perspectives de nos membres doivent, non
seulement être reconnues, mais être harmonisées dans une activité syndicale
plus vigoureuse et plus efficace.
Pourquoi éduquons-nous nos
membres? De nouveau, si le développement de la section locale n’est pas l’objectif,
quel est-il? Nous connaissons trop la situation déplorable des militant-e-s qui
participent à un cours de l’AFPC, retournent dans leurs sections locales et
ne disposent d’aucune façon de faire partager leurs nouvelles connaissances
avec d’autres. Pourtant, l’éducation syndicale ne vise pas à enrichir la
vie des individus mais à construire un syndicat plus fort. Nous devons trouver
des façons de veiller à ce que l’excellente formation que nous fournissons
actuellement soit communiquée systématiquement par l’entremise de réseaux
de sections locales réceptives et de structures pour que l’ensemble des
membres puisse en profiter.
Les communications devraient
également être axées sur la section locale. Les communications officielles
devraient faciliter les questions et les débats entre les membres – en tenant
pour acquis qu’ils reçoivent les messages! Tout aussi important, les membres
devraient pouvoir communiquer assez facilement leurs propres messages dans le
cadre de discussions collectives qui nous font tous progresser. Mettre un espace
à la disposition des sections locales sur les sites Web régionaux et nationaux
en plus d’offrir la formation nécessaire serait une façon d’y parvenir.
Les bulletins des sections locales et des réunions régulières dans les lieux
de travail constituent d’autres méthodes. L’objectif consiste à compter
des membres bien informés qui se considèrent comme faisant partie du processus
syndical plutôt que comme de simples spectateurs.
Traditionnellement, lorsque
nous avons représenté des membres, nous n’avons pas généralement pris en
compte l’action collective des collègues de travail au nom des consœurs et
confrères lésés. Pourtant, nous connaissons tous ce puissant slogan d’Afrique
du Sud selon lequel, un préjudice causé à l’un est un préjudice causé à
tous. Nous devons insuffler à nos membres des sections locales la confiance qui
leur permettra d’agir collectivement lorsqu’une personne fait l’objet de
mauvais traitements ou de harcèlement de la part de l’employeur. Cette action
peut prendre la forme de griefs présentés en grand nombre ou de mesures
directes comme le piquetage et l’occupation des lieux. Les victoires ainsi
obtenues ont souvent un effet plus durable que les griefs individuels maintenus
dont les modalités de réparation sont souvent gardées confidentielles
davantage par tradition que pour toute autre raison. L’individualisation des
griefs, en réalité, perpétue l’image du syndicat à titre de compagnie d’assurance
et ne fait peu ou rien pour construire la solidarité dans le milieu de travail
– même lorsqu’un grief individuel, plus souvent qu’autrement, reflète
les problèmes communs du lieu de travail.
Les exemples susmentionnés
illustrent les domaines dans lesquels le syndicat travaille tous les jours mais
que nous n’avons pas encore totalement intégrés dans une vision unique axée
sur la section locale. Pour exécuter cette tâche importante mais réalisable,
il faudra plus qu’un comité national de développement des sections locales.
En réalité, il faudra que chaque militant-e et chaque partie constitutive de l’AFPC
travaillent en harmonie, et il nous faudra réorienter notre militantisme pour
le bien de l’ensemble du syndicat. Cela nécessitera une nouvelle orientation
et de nouvelles priorités, mais celles-ci ne sont pas nouvelles au point où
nous ne les reconnaîtrions pas. Il faut mettre de côté les vieilles
rivalités et divisions, ainsi que les nouvelles, pour devenir plus forts dans
nos divers rôles au sein du syndicat.
Bien que le travail du Comité
de développement des sections locales constitue un bon point de départ, ce n’est
que le début d’une tâche que nous devons tous nous approprier si nous
voulons prospérer et vaincre au XXIe siècle. « Solidarité
mes frères et mes sœurs » doit prendre une signification nouvelle et
plus profonde pour chacun de nous pendant que nous construisons notre syndicat
ensemble.
Questions de discussion
Comment devons-nous intégrer
les membres dans leur section locale? Comment devons-nous intégrer la section
locale dans le mouvement syndical plus vaste, en veillant à ce que les membres,
pas seulement les dirigeant-e-s de la section locale, soient également
intégrés?
De quelles ressources ont
besoin les sections locales pour « construire sur le roc »? [Par
exemple, financières? Dirigeant-e-s de la section locale à plein temps ou à
temps partiel? Formation? Aide des autres structures/militant-e-s/personnel de l’AFPC?
Etc.]
Comment pouvons-nous adapter
notre programme d’éducation au développement des sections locales? Comment
veiller au déploiement efficace de la formation syndicale, de l’éducation et
de l’information au sein d’une section locale?
Comment la structure actuelle
de l’AFPC favorise-t-elle/freine-t-elle le développement efficace des
sections locales? Quelles modifications, le cas échéant, sont requises? [Par
exemple, sections locales mêlées? Plus petites sections locales? Conseils des
lieux de travail? Comités régionaux de développement des sections locales?]
Quel rôle devrait jouer les
Éléments/conseils régionaux et les autres entités régionales/sections
locales/Centre de l’Alliance/VPER/bureaux régionaux dans le développement
permanent des sections locales? Comment ceux-ci peuvent-ils travailler en
équipe?
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