Document de discussion de l’AFPC : Privatisation
Introduction
L’Alliance de la Fonction
publique du Canada s’efforce de freiner la privatisation des services publics
depuis que les politiciens du gouvernement fédéral ont adopté les « politiques
d’administration gouvernementale allégées » préconisées par
Margaret Thatcher et Ronald Reagan. La privatisation désigne toute
initiative destinée à transférer, en totalité ou en partie, le travail du
secteur public des administrations fédérale, provinciale, territoriale ou
municipale vers le secteur privé. Cela comprend notamment les initiatives de
sous-traitance, les initiatives de diversification des modes de prestation de
service et les initiatives de partenariats entre les secteurs public et privé.
La rationalisation n’est souvent rien de plus qu’une initiative de
privatisation à peine déguisée. Le travail demeure inchangé. Toutefois, si
la fonction publique ne dispose pas des ressources nécessaires pour effectuer
le travail, celui-ci est transféré au secteur privé soit de façon
intentionnelle ou par défaut.
La privatisation a eu des
incidences sur la plupart des ministères gouvernementaux et sur les Éléments
du syndicat. Vers le début de la dernière décennie, le gouvernement fédéral
a entrepris de fermer des bases des Forces armées et de privatiser des services
désignés non essentiels ou non fondamentaux. Dans toutes les régions du pays,
les membres de l’UEDN ont dû soit accepter une réinstallation soit quitter
la fonction publique. Aucun emplacement n’est demeuré intact. Les
travailleurs et travailleuses qui offrent des services de garde, de préparation
d’aliments et les gens de métier dans tous les ministères ont vu leurs
emplois passer au secteur privé. Les modifications à l’assurance-chômage
ont eu pour effet de transférer une large part de la responsabilité du
gouvernement fédéral en matière de sécurité d’emploi à des particuliers
du secteur privé et à des agences de placement temporaire. Les
respoonsabilités des Travaux publics et les services d’achats du gouvernement
ont été privatisés. Les services des Pêches et de la Garde côtière ont
été réduits ou transférés au secteur privé. Le gouvernement a créé des
agences pour percevoir les impôts, inspecter les aliments et administrer nos
parcs nationaux. On a incité les sociétés privées à se réglementer et à
se discipliner elles-mêmes. Dans le cadre des préoccupations nationales
récentes au sujet de la sécurité, la logistique de la Défense nationale qui,
historiquement, fournit le cordon vital qui nourrit toutes les opérations
militaires, a été confiée en sous-traitance à une société transnationale.
Il ne s’agit que d’une liste partielle, mais elle montre à quel point l’offensive
à l’égard des services publics a été fructueuse.
Les pressions ministérielles
et mondiales pour privatiser les services publics s’accentueront
vraisemblablement au cours des prochaines années. Les accords de libre échange
comme l’Accord de libre échange des Amériques (ALEA) et l’Accord général
sur les tarifs douaniers et le commerce (GATT) favorisent le profit personnel au
détriment des objectifs publics et communautaires. Si ces accords sont adoptés
comme le prévoit leurs proposeurs, les services publics et les emplois
syndiqués bien payés seront en péril. Les sociétés transnationales les
considéreront que des obstacles au commerce et pourront intenter des poursuites
contre les gouvernements pour les faire supprimer.
L’AFPC devra s’efforcer
proactivement de trouver des façons de faire cesser et même de renverser la
tendance vers la privatisation des services publics. Dans le passé, nous n’avons
souvent pas eu d’autre choix que d’être réactifs. Pour atteindre nos
objectifs sociaux et nos objectifs de protection des conditions de travail de
nos membres, nous devons être proactifs. Nous devons examiner pourquoi nous
sommes contre la privatisation et décider si nos actions traduisent
convenablement nos préoccupations.
Pourquoi nous sommes contre la
privatisation
Cette question peut sembler
évidente. Toutefois, l’AFPC s’oppose à la privatisation pour bon nombre de
raisons différentes. D’une part, nous sommes une organisation qui se consacre
à la justice sociale et à l’égalité des travailleurs et travailleuses. La
privatisation affaiblit l’engagement des syndicats à l’égard d’une
meilleure société en favorisant le profit personnel au détriment des
communautés. D’autre part, nous avons l’obligation juridique de protéger
nos membres et la viabilité du syndicat.
Nous nous opposons à la
privatisation parce qu’elle soustrait les services publics au domaine public.
La fonction publique doit être responsable envers le Parlement et le peuple
canadien et non pas envers des actionnaires. La mondialisation accentue la
menace de privatisation et accroît la vraisemblance du contrôle étranger des
tâches de la fonction publique. L’intérêt national du Canada et l’intérêt
de nos membres seront mis en péril. Des initiatives comme le projet de
privatisation du processus d’approvisionnement ont déjà commencé à
transférer nos intérêts nationaux à des sociétés transnationales.
La privatisation appauvrit
souvent nos membres sur le plan des salaires et des conditions de travail. Elle
a des répercussions négatives sur nos membres et sur les collectivités dans
lesquelles ils vivent en abaissant l’assiette fiscale locale et en augmentant
la demande de mécanismes de soutien social locaux. La privatisation est souvent
caractérisée par une centralisation qui occasionne davantage de pertes d’emplois
et la désintégration des collectivités.
La privatisation crée des
problèmes de santé et de sécurité et d’équilibre travail-vie personnelle
en augmentant la charge de travail, en contribuant à des conditions de travail
non sécuritaires et en accentuant le conflit entre le travail et la famille.
Elle accroît l’insécurité d’emploi et mène au stress. Le stress
constitue le facteur de risque sur le plan de la santé et la sécurité au
travail qui croît le plus rapidement à l’échelle mondiale.
La privatisation ne fait pas
économiser d’argent et n’améliore pas les services. Les rapports
successifs du Vérificateur général ont déploré l’absence de preuves
rigoureuses à l’appui des arguments en faveur de la privatisation et ont
condamné l’absence d’imputabilité qui en a découlé. De plus, la
privatisation comprend des coûts cachés qui sont rarement convenablement
saisis.
La privatisation peut
entraîner une perte de protection syndicale. Elle peut également créer des
milieux qui rendent nos membres vulnérables au maraudage des autres syndicats.
La privatisation a également tendance à créer de plus petites unités de
négociation qui font augmenter le coût des services aux membres.
Mesures contre la privatisation
Le Congrès de l’AFPC a
adopté la politique no 4 « Privatisation et
sous-traitance » pour exprimer la position du syndicat sur les questions
de privatisation et orienter les actions de nos membres.
La privatisation menace les
travailleurs et travailleuses où qu’ils se trovuent. Par conséquent, nous
nous sommes joints à des syndicats partenaires pour expliquer comment
fonctionne la privatisation et planifier des activités pour la contrecarrer.
Nous avons également participé à des manifestations et à des activités d’apprentissage
qui montrent de quelles façons la mondialisation favorise la privatisation.
Nous avons été plus
concrètement proactifs également. Nous avons négocié un libellé pour
veiller à ce que le syndicat soit informé de situations de privatisation dès
que l’employeur commence à les envisager. Nous avons négocié des politiques
d’adaptation de la main-d’œuvre, la mise en place de comités conjoints d’adaptation
et de transition et des directives de réinstallation pour atténuer les
répercussions négatives de la privatisation lorsque celle-ci se produit. Nous
nous sommes efforcés d’obtenir des droits de successeurs pour nos membres
lorsque ceux-ci ont été transférés au secteur privé. Nous avons également
exercé des pressions sur les employeurs pour qu’ils offrent, par l’entremise
du PAE et d’autres programmes semblables, du counselling aux membres
concernés.
Malgré tout, nos réactions à
la privatisation étaient surtout de nature réactive et axées sur des
initiatives particulières de privatisation. Nous avons utilisé différents
types de stratégies. Bien que nos campagnes de riposte aient remporté un
certain succès, ce succès est limité.
Souvent, nous entreprenons nos
campagnes de riposte en tentant d’alerter le public, par l’intermédiaire
des médias, au fait que d’importants services publics sont en péril. Nous
tentons d’établir que les arguments en faveur de la privatisation sont
suspects et idéologiques et qu’il n’en résultera ni économie d’argent
ni augmentation d’efficience. Nous tentons d’établir que la privatisation
renferme des coûts cachés et avons cité des sources comme le Vérificateur
général pour appuyer nos allégations. Il en résulte alors une poussée d’agitation
au sein de médias. Les employeurs réfutent cavalièrement nos revendications
et attendent que l’intérêt des médias se calme, puis reprennent leurs
activités comme si rien n’était.
Nous lançons des campagnes
pour que le public dans nos collectivités locales se range de notre côté.
Cette tactique a connu un certain succès dans les collectivités rurales où la
nécessité d’une présence de services publics est mieux appréciée et où
les employé-e-s de la fonction publique sont plus visiblement présents au sein
de la communauté. Nous pouvons clairement établir le préjudice que subira l’ensemble
de la collectivité dans ces cas. Dans les milieux urbains, il est plus
difficile de montrer le dommage qui résultera de la perte des services publics.
Bien que nous soyons partisans du lobbying politique, la nature de notre
système politique a travaillé contre nous. Les députés régionaux n’ont qu’une
capacité limitée d’influencer leur caucus. À quelques exceptions près, les
questions d’emploi dans la fonction publique tendent à être moins
importantes pour les députés qui représentent les régions plus densément
peuplées dont les taux de chômage sont plus faibles. Nous avons rallié l’appui
des députés de l’Opposition, mais ces derniers ont encore moins de pouvoir
lorsqu’il s’agit d’influer sur les changements de politique.
Même si nous nous opposons
généralement à la privatisation, nous avons également encouragé la
privatisation en collaborant avec l’employeur et des sous-traitants potentiels
pour veiller à ce que nos membres bénéficient des meilleures conditions de
travail possibles. Le projet de privatisation du processus d’approvisionnement
constitue un exemple récent. L’Union des employés de la Défense nationale (UEDN)
a pu négocier les modalités et obligations contenues dans la demande de
proposition ce qui a considérablement amélioré les conditions de la
transition. Toutefois, le succès remporté dans ce domaine a ébranlé l’argument
incomitant du syndicat selon lequel la privatisation des services publics est
mauvaise pour le pays et pour les travailleurs et travailleuses. Il faut parfois
faire des compromis difficiles.
Réussites
Nous avons fait cesser quelques
initiatives de privatisation et atténué les impacts de certaines autres. Nos
arguments ont eu un impact. Ni le gouvernement ni la plupart des gros
entrepreneurs ne sont à l’aise lorsqu’il s’agit de promouvoir la
sous-traitance d’initiatives en s’appuyant uniquement sur les économies.
Par l’entremise de négociations, nous avons réussi à convaincre les
employeurs de modifier leurs analyses de rentabilisation ou d’inclure de
meilleures conditions de travail dans les demandes de proposition. Nous avons
réussi à suivre nos membres, ce qui a convaincu à la fois le gouvernement et
les plus importants entrepreneurs potentiels d’automatiquement rejeter les
offres d’adaptation de la main-d’œuvre de type 3. Par exemple, le MDN
a élaboré et diffusé une politique nationale sur le maintien de l’emploi
qui doit être appliquée à toutes les initiatives de DMPS qui visent 10 employé-e-s
ou plus nommés pour une période déterminée. Nous avons également négocié
des conventions collectives équitables pour le compte de nos membres visés par
la privatisation.
Problèmes
Il s’écoule une longue
période entre le moment où les initiatives de privatisation sont annoncées et
celui où un contrat est finalement accordé. Il est difficile d’organiser une
riposte soutenue qui maintient l’intérêt des membres, de la collectivité,
des politiciens et des médias lorsque nous ne pouvons contrôler l’échéancier.
Nous devons débattre de détails que l’employeur peut modifier à son gré.
Les partenariats avec le secteur privé permettent à l’employeur de faire
valoir que les détails ne sont pas importants parce que les partenaires (l’employeur
et l’entrepreneur) les aborderont ensemble à une date ultérieure. La
privatisation se fait par l’usure et elle peut générer à la fois du stress
et une acceptation à contrecœur.
Nos objectifs sociaux plus
vastes semblent souvent entrer en conflit avec notre mandat de protection de nos
membres. Nous avons réussi à protéger nos membres, mais nos tentatives d’arrêter
la privatisation ont été beaucoup moins fructueuses. En nous concentrant sur
les répercussions financières négatives de la privatisation tant pour le
public que pour nos membres, nous avons eu tendance à laisser entendre que
notre principale préoccupation à l’égard de la privatisation est d’ordre
pécuniaire. Notre engagement à l’égard des services publics en eux-mêmes
est souvent éclipsé. Nos réussites renforcent cette tendance. Notre habilité
à négocier des modalités de transition équitables avec les entrepreneurs
favorise une privatisation accrue dans d’autres milieux de travail. Il semble
que nous sapions inévitablement nos propres objectifs à long terme et
renforcions le mythe selon lequel la mondialisation est inévitable. Nous
courons le risque de semer la confusion au sein du public et de nos membres sur
la véritable politique du syndicat. Il devient de plus en plus difficile de
faire comprendre aux syndiqué-e-s de la base ce que nous avons fait pour eux.
La privatisation a forcé le
syndicat à tirer le maximum de ses ressources pour offrir des services
distincts à un nombre croissant de plus petites unités. À mesure que la
privatisation impose des modifications à un plus grand nombre de syndicats, la
compétition visant à obtenir l’adhésion des membres augmente, et les
possibilités de maraudage s’accentuent. La solidarité collective est mise en
péril.
Pour préserver les services
publics, nous devons créer des plans à long terme plutôt que de simplement
réagir à des initiatives particulières. Les restrictions juridiques imposées
par la mondialisation rendent plus urgente la nécessité de planifier à long
terme. La planification à long terme suppose des ressources accrues. La
tendance à la privatisation nous rendra de plus en plus vulnérables aux
manipulations juridiques des décisions du libre échange mondial si nous ne
réagissons pas de façon décisive non seulement pour protéger nos membres
mais également les services publics en général. Il s’agit d’une tâche
essentielle, mais qui ne sera pas facile. Voici quelques-unes des questions que
nous voudrons peut-être aborder.
Questions
Comment pouvons-nous mettre
plus d’emphase sur la façon de maintenir publics les services publics dans
nos activités de riposte? Quelles mesures stratégiques devrions-nous prendre
pour faciliter la nationalisation de services publics qui serviraient mieux les
citoyens canadiens s’ils étaient administrés publiquement?
Que devons-nous faire pour
être plus proactifs et moins réactifs? Comment pouvons-nous veiller à ce que
les intérêts à long terme de nos membres soient protégés lorsque nous
concluons, avec les employeurs et les entrepreneurs, des ententes destinées à
protéger leurs propres intérêts immédiats?
Quelles mesures concrètes
devons-nous prendre pour protéger les services publics? Comment devons-nous
nous y prendre pour recueillir des statistiques plus précises et plus probantes
qui établissent de quelle façon nos salaires et nos avantages sociaux
contribuent actuellement à la collectivité? Quelles preuves devons-nous
recueillir pour démontrer que les services publics sont plus efficients et
rentables que les services offerts par le secteur privé? Comment pouvons-nous
améliorer notre capacité de critiquer les fournisseurs de services privés? De
quelles ressources avons-nous besoin pour documenter les échecs des
fournisseurs privés? Comment devons-nous entreprendre le processus de création
systématique d’une base de données de travail des services publics
privatisés? Comment devons-nous déterminer et évaluer les coûts cachés de
la privatisation? Quel rôle peuvent jouer les militant-e-s locaux? Est-il
possible de relier de quelque façon la recherche destinée à contrer la
sous-traitance à celle qui soutient la négociation collective? Devrions-nous
établir des partenariats avec d’autres groupes syndicaux et universitaires
pour effectuer des recherches destinées à soutenir notre position? De quelles
ressources avons-nous besoin pour réaliser ces objectifs?
Comment devons-nous lutter
contre les accords de libre échange comme le GATT et l’ALEA d’une façon
stratégique qui fera participer les membres? Comment pouvons-nous travailler de
façon plus coopérative avec les autres syndicats de la fonction publique à la
fois sur le plan national et international pour faire en sorte que les questions
de travail constituent une partie fondamentale des prochains accords commerciaux?
Devrions-nous offrir davantage de formation syndicale sur les questions de
privatisation et de mondialisation?
Comment devons-nous veiller à
ce que les campagnes de riposte demeurent pertinentes dans le contexte de
campagnes de privatisation longues et changeantes? Quelles mesures devrions-nous
prendre pour améliorer la communication avec les membres avant, pendant et
après une campagne de privatisation?
Comment associer la
privatisation aux questions à long terme de santé et de sécurité dans la
fonction publique? Pouvons-nous utiliser les lois actuelles en matière de
santé et de sécurité pour appuyer les campagnes de riposte et, le cas
échéant, comment?
Existe-t-il des façons
logiques de regrouper les plus petites unités en de plus grandes qui facilitent
une répartition plus rapide des ressources des services publics privatisés?
Quels sont les avantages et les inconvénients de la formation de plus grands
groupes? Quelles mesures doivent être prises pour atteindre ces objectifs?
Existe-t-il des façons
créatives de collaborer avec la centrale syndicale qui n’ont pas encore été
explorées et qui freineront le maraudage généré par la confusion
organisationnelle issue de la privatisation?
Quels éléments la
négociation collective devra-t-elle aborder pour atténuer davantage les
impacts de la privatisation?
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