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Mot d'ouverture du président national, John Gordon, à la Conférence nationale sur la négociation

Le 1er février 2007

Introduction

Bonjour et bienvenue à cette conférence de l'AFPC. La Conférence nationale sur la négociation revêt une importance bien particulière puisqu'elle est le théâtre de décisions marquantes. C'est ici que nous définissons l'orientation des négociations avec le Conseil du Trésor et les Agences. Les revendications que vous choisissez et l'ordre des priorités que vous fixez ont une incidence non seulement sur les membres travaillant pour ces employeurs, mais aussi sur l'effectif de l'AFPC dans son ensemble. Au cours des ans, nos négociations avec le Conseil du Trésor et les grandes agences ont amorcé des tendances qu'ont suivi les employeurs distincts, d'autres syndicats négociant avec le Conseil du Trésor et le secteur public en général. Nous avons aussi parfois réussi à influer sur les politiques d'intérêt public en poussant le gouvernement à agir grâce à des revendications prioritaires.

Nous avons raison d'être fiers du rôle que nous avons joué et que nous continuons à jouer pour améliorer les conditions de travail des travailleuses et travailleurs partout au Canada. Nous devons par contre prendre cette responsabilité au sérieux et nous montrer stratégiques dans le choix de nos revendications et de nos priorités. Il faudra placer au centre de nos préoccupations les besoins réels des membres et les revendications que nous jugeons réalisables; des revendications qui tiennent compte de tout le monde, qui renforcent les droits et qui font avancer le syndicat dans son ensemble. Pour réaliser ces objectifs, nous devrons pouvoir compter sur l'engagement de membres éclairés, mobilisés et décidés à travailler ensemble pour que la ronde de négociations porte fruits.

Chemin parcouru

La ronde de négociations de 2003-2004 avec le Conseil du Trésor et les Agences nous a appris qu'il devient de plus en plus difficile de simplement maintenir les avantages qui se trouvent actuellement dans les conventions collectives. Les employeurs à ces tables, et à celles d'autres groupes, réclament plutôt des reculs importants. Les efforts concertés de la part des membres nous ont permis de réaliser des gains, notamment les suivants :

  • les membres de la Table 2 et leurs homologues de Parcs Canada ont obtenu des augmentations salariales de 8 % supérieures à l'augmentation économique générale grâce aux conclusions de l'étude sur la rémunération à la Table 2. Nous avons ainsi réussi à combler certains des écarts salariaux qui existaient depuis longtemps au sein de ce groupe;

  • obtenir des augmentations économiques supérieures au taux d'inflation;

  • améliorer les dispositions sur le congé de maternité et parental pour les employés nommés pour une période déterminée et intégré à la convention collective les récents changements apportés au congé parental;

  • améliorer les dispositions sur le congé compensateur, le temps mobilisé et les obligations familiales;

  • remettre sur pied le Programme d'apprentissage mixte AFPC/Conseil du Trésor en y apportant des améliorations, dont le financement transitoire;

  • conclure une entente avec le Conseil du Trésor pour mettre sur pied un comité conjoint chargé d'examiner le bien-fondé de participer au Fonds de justice sociale de l'AFPC.

Ce sont les équipes de négociation de l'AFPC qui doivent établir les nouvelles tendances et faire d'autres percées.  Nous devons être prêts à ce que tous nos membres s'engagent dans cette lutte afin de réussir.

Implication des membres

Les membres doivent s'engager dans le processus de négociation dès le départ. C'est pourquoi, nous avons fait parvenir un programme de revendications aux sections locales pour que les membres de la base puissent participer en soumettant des revendications qui ont pour but d'améliorer leurs conditions de travail. Mais, ça ne s'arrête pas là. Lors des conférences régionales sur la négociation, les membres ont commencé à préparer la mobilisation de l'effectif et ce travail se poursuivra ici à la conférence nationale.

Ceux et celles d'entre vous qui ne feront pas partie d'une équipe de négociation devront s'employer à mettre en place des réseaux de communication et de mobilisation dans toutes les régions, dans tous les Éléments et dans tous les lieux de travail. Il faut renseigner autant de membres que possible et les encourager à s'impliquer dans la négociation de leur prochaine convention collective. Les membres doivent être au courant de ce qui se passe et avoir les outils nécessaires pour pouvoir, à leur tour, renseigner leurs équipes. Que leur équipe ait choisi l'arbitrage ou la conciliation assortie de grève, les membres doivent être impliqués. Ils doivent appuyer leur équipe et être prêts à faire pression sur l'employeur pour qu'il négocie convenablement. J'insiste beaucoup sur ce point, car la mobilisation des membres est essentielle au succès de la négociation collective.

Une des clés de la mobilisation est le choix des revendications contractuelles. Celles-ci doivent correspondre aux préoccupations des membres et figurer parmi les questions qu'il nous est possible de négocier avec l'employeur. Nous devons faire des choix stratégiques et présenter des revendications qui visent tout le monde et n'ait aucune incidence négative sur quiconque. L'AFPC défend les principes d'égalité et les droits de la personne et prend cette question au sérieux. Pour mobiliser les membres, il faut également les engager dans l'action politique qui vient appuyer nos négociations. Cette action prend bien des formes mais, dans toutes les régions du pays, les députés doivent pouvoir entendre de la bouche de nos membres, quelles sont leurs priorités au moment des négociations. Ils doivent reconnaître à quel point il est important pour nos membres de négocier une convention collective qui valorise et enrichit le rôle de la fonction publique. Il nous faudra établir de bonnes communications et de solides réseaux d'organisation, mais je sais que nous saurons relever ce défi.

Priorités

Dans le cadre de la conférence, nous discuterons également des priorités de négociation. En mai dernier, le Congrès national triennal a fixé certaines orientations en ce qui a trait aux priorités de négociation : la défense des services publics de qualité, le Fonds de justice sociale, l'élimination des taux de rémunération régionaux, la protection de l'environnement et la politique sur l'embauche d'étudiantes et d'étudiants. Ces priorités font partie du Programme de revendications et je sais que les discussions que vous aurez sur ces importantes questions seront des plus intéressantes.
 
Je tiens à préciser que les revendications portant sur la défense des services publics de qualité et sur le Fonds de justice sociale seront prioritaires pour toutes les équipes de négociation. Cela étant dit, chaque équipe choisira ses autres priorités. Lorsque plus d'une équipe cibleront la même revendication, elles auront à décider entre elles de quelle façon ils la feront valoir. Une équipe ne peut décider unilatéralement d'abandonner une revendication. Elle doit consulter les autres afin de ne pas leur couper l'herbe sous le pied. Je jouerai un rôle prépondérant dans ces négociations. À titre de président national, j'ai l'ultime responsabilité des négociations et je suis redevable envers les membres de l'AFPC. Comme je l'ai souligné au début de mon allocution, les négociations établissent les grandes tendances. Il est donc important pour moi, à titre personnel et à titre de président national, que ces tendances soient aussi positives et progressistes que possible.

Des membres du Comité exécutif de l'Alliance sont également affectés à chacune des équipes de négociation. Ils ne peuvent assister à toutes les séances de négociation, mais l'équipe doit les tenir au courant de la situation et des problèmes éventuels pour qu'ils puissent contribuer à les régler. Les membres du CEA constituent le lien entre l'équipe de négociation, le CEA et l'arène politique. C'est pourquoi j'espère que les membres des équipes de négociation collaboreront de manière proactive et stratégique avec la dirigeante ou le dirigeant affecté à leur équipe.

Rôle de l'équipe

C'est à la conférence nationale que s'amorce le travail des équipes de négociation, mais ce n'est qu'un début. Si vous souhaitez vous faire élire à l'équipe de négociation, vous devez être pleinement conscient des responsabilités que vous et vos consoeurs et confrères acceptez. Les négociations peuvent s'éterniser. Les journées sont longues et dépassent de beaucoup les heures de travail ordinaires. Au sein de l'équipe, on s'attendra à ce que vous preniez des notes, participiez aux discussions, trouviez des renseignements et collaboriez étroitement avec le personnel chargé de la négociation et de la recherche et les autres membres de l'équipe. L'équipe de négociation est le reflet de l'effectif qu'elle représente. Il est donc essentiel qu'elle soit formée de gens de diverses classifications et régions et de divers Éléments et groupes d'équité.

Vous serez appelé à prendre des décisions difficiles qui devront être fondées sur les intérêts des membres de votre table et de l'AFPC. Leurs besoins ont préséance sur les vôtres. Les équipes doivent également s'assurer qu'aucune revendication n'ait d'incidence négative sur un groupe de membres de l'AFPC et qu'elles ne placent pas le syndicat dans une situation délicate. C'est pourquoi, d'une part, nous faisons valoir avec autant de ferveur les revendications qui portent sur le retrait préventif, l'amélioration des congés de maternité et parental, le congé de compassion et d'autre part, nous nous opposons aux revendications qui prévoient le paiement des congés de maladie. Nous prenons très au sérieux la responsabilité que nous avons de représenter équitablement nos membres et de tenir compte de chacun et chacune d'entre eux.

Vous devez connaître les grandes questions de l'heure et être disposé à envisager des solutions de rechange. La créativité est de rigueur. Les dicisions de l'équipe sont habituellement fondées sur le consensus, ce qui veut dire que le compromis et la solidarité sont essentiels. Il faut garder son sang froid et pouvoir travailler en équipe, sans lever la voix ni chercher à intimider. C'est ça faire partie d'une équipe. L'équipe de négociation doit également pouvoir défendre les décisions qu'elle prend tant devant les membres que devant le public. Même si le Règlement 15 le stipule clairement, je tiens à réitérer que les membres des équipes ne doivent jamais dire une chose et faire le contraire. N'oubliez pas : clarté, cohérence et solidarité.

Comme vous voyez, la décision de faire partie d'une équipe de négociation ne peut être prise à la légère. C'est toute une responsabilité. Ceci dit, je n'essaie pas de vous dissuader. C'est aussi une expérience enrichissante, stimulante et intéressante. Je tiens par contre à m'assurer que vous sachiez dès le départ ce qui vous attend au cours des mois à venir.

Calendrier

Que se passe-t-il après la conférence? Les équipes de négociation du Conseil du Trésor et de Parcs Canada reviendront à Ottawa, fin février, début mars. Ce sera le temps pour les membres des équipes de suivre une formation et de mettre la dernière main aux revendications contractuelles et aux motifs. Par la suite, ils finaliseront les cahiers de revendications pour les remettre aux employeurs au début d'avril. Je me suis engagé à signifier l'avis de négocier très bientôt afin que nous puissions être à la table de négociation avant que les conventions collectives n'expirent. Par la suite, nous déploierons tous les efforts nécessaires pour que la négociation se poursuive et que les membres soient mobilisés.

Certains facteurs importants auront des conséquences sur le calendrier des négociations. Comme vous le savez, nous avons entrepris des études sur la rémunération  qui touchent deux communautés : d'une part les services techniques et d'autre part, l'exécution de la loi. Ces études viennent de démarrer et nous n'aurons aucun résultat probant avant quelques mois. L'étude que nous avons réalisée à la Table 2 s'est avérée positive, mais nous ne savons pas encore quels seront les résultats des deux nouvelles études. Nous prétendons depuis longtemps qu'il y a des disparités salariales entre ces membres et j'espère que les conclusions des études seront utiles lorsque nous nous présenterons devant une tierce partie. Nous vous tiendrons au courant des progrès dans ce dossier puisqu'ils ont une incidence sur la négociation de ces groupes.

Un autre facteur important est le climat politique et l'éventualité d'une élection fédérale. Le gouvernement Harper se prépare à présenter son budget en mars, ce qui nous fera connaître ses priorités et son mandat fiscal. Ce budget pourrait également déclencher des élections. Comme vous le savez, nous avons un nouveau président du Conseil du Trésor, Vic Toews, tenant du conservatisme social. M. Toews et moi avons déjà eu une discussion et j'espère bien que nous pourrons poursuivre ce dialogue puisqu'il sera important que le ministre connaisse notre position et les priorités des membres de l'AFPC. M. Toews et son gouvernement doivent également entendre ce message de votre part et de la part des membres de l'AFPC. Si nous voulons que les négociations soient fructueuses, il faudra que le gouvernement se penche sur nos revendications et protège les services publics de qualité pour toute la population canadienne.

À la défense des services publics de qualité

Si nous voulons défendre et enrichir nos services publics, les membres de l'AFPC devront s'engager et se mobiliser. Nous devrons travailler ensemble pour nous opposer au mantra conservateur de compression et de privatisation. La négociation collective avec le Conseil du Trésor et les Agences offrent à nos membres l'occasion de défendre les services publics, tant à la table de négociation qu'au moyen de l'action politique et citoyenne. Il faut tisser des alliances et monter d'un cran l'action politique puisque la défense des services publics de qualité est une lutte qui appartient non pas exclusivement à l'AFPC, mais à tous les Canadiens et à toutes les Canadiennes.

Nos négociations prennent un sens plus large puisque la population canadienne réclame des améliorations et non pas des compressions des services publics. N'oublions pas que les mesures que nous prenons à la table de négociation et au sein de la collectivité visent à bâtir un meilleur pays. Nous avons été témoins des mesures prises jusqu'ici par le gouvernement conservateur : compression du financement de Condition féminine Canada, abolition du Programme de contestation judiciaire, fermeture du Centre syndical et patronal du Canada et élimination de nombreux autres programmes qui favorisent la santé, les droits de la personne et l'équité pour le public canadien. De quoi aura l'air le prochain budget? Encore des pressions? Moins de services? Plus de privatisation? C'est une lutte à finir et voilà pourquoi nous devons nous mobiliser et passer à l'action!

Notre héritage, notre avenir

Nous venons de célébrer le 40e anniversaire de l'AFPC. Depuis quarante ans, ce syndicat forgé dans la solidarité défend les droits de la personne et la justice pour les travailleuses et les travailleurs. Nous devons être fort de cet héritage et défendre nos services publics au moyen de la négociation collective et de la mobilisation.

Je vois l'AFPC comme étant le moteur de changements positifs au Canada. À titre de président national, il me tient à cœur de poursuivre dans cette lancée. C'est l'objectif qui sous-tend la campagne À la défense des services publics de qualité, le Fonds de justice sociale, la formation des membres, le développement de la conscience collective, la lutte pour les droits de la personne et l'équité, la négociation collective et l'intensification de l'action politique et de la solidarité des membres partout au pays. L'AFPC continuera à miser sur sa fière tradition pour réaliser encore d'autres progrès.

Vous voyez à quel point les choix que nous ferons cette semaine sont importants. Les revendications que nous présentons à la table et les priorités que nous faisons valoir auprès de l'employeur et du public sont à la source de notre tradition et la promotion de nos principes progressistes. Nos revendications doivent servir non pas seulement à bâtir le syndicat, mais à bâtir aussi un Canada meilleur, plus intégrateur.

Nos priorités doivent être visionnaires et significatives. Elles doivent nous inspirer et inspirer également nos consoeurs et confrères de partout au pays à nous tenir debout et à passer à l'action.

Nous ne pouvons permettre au gouvernement Harper de liquider nos services publics et de démanteler notre pays. Nous ne pouvons permettre que notre syndicat soit perçu comme étant égocentrique et déconnecté de la réalité. Voilà pourquoi nos priorités doivent contribuer à bâtir un meilleur Canada. Nos priorités doivent faire avancer le gouvernement, valoriser et enrichir les services publics et rétablir la fierté des fonctionnaires.

Ces priorités doivent donc correspondre à la réalité des travailleuses et travailleurs du pays. Nous devons créer de nouvelles alliances avec nos consoeurs et confrères d'autres syndicats et d'autres collectivités pour appeler aux changements positifs dans notre pays.

C'est vrai, c'est tout un mandat! Mais, c'est là la tâche que nous devons nous donner si nous voulons réussir dans nos négociations et dans notre mission comme syndicat. Oui, il est possible de bâtir un monde meilleur, mais il faudra que chacune et chacun y mette du sien et que nous nous serrions les coudes. Ensemble, nous pouvons y arriver!

Bonne conférence à tout le monde!
Mise à jour : 20/02/07