22 juillet 2010
Recensement : les petits jeux politiques auront de graves conséquences
Des particuliers et des organisations de diverses allégeances politiques se sont élevés contre la récente décision du gouvernement Harper d'éliminer le questionnaire long obligatoire du prochain recensement de 2011, notamment des PDG de grandes sociétés et d'institutions financières, des universitaires, syndicats et associations professionnelles, des organismes religieux et de bienfaisance, des spécialistes en sciences sociales, des groupes de réflexion, des gouvernements provinciaux et des administrations municipales.
Joignez-vous à eux pour demander au gouvernement Harper de revenir sur sa décision.
Voir également
- Outre le recensement, coupures dans les enquêtes de Statistique Canada
- Le Congrès du travail du Canada s'oppose aux modifications apportées au recensement national du Canada
Le fait de remplacer le questionnaire long par une enquête abrégée à participation volontaire nuira considérablement à notre capacité de planifier. Qu'il s'agisse d'une entreprise qui veut connaître l'évolution de sa clientèle, d'une municipalité qui veut planifier ses besoins futurs en matière de transport en commun, ou encore d'un conseil scolaire qui doit décider de l'emplacement de ses futures écoles, nos collectivités, nos gouvernements et nos entreprises ont besoin des données détaillées que fournit le questionnaire long.
Le questionnaire long est obligatoire pour environ 20 p. 100 des ménages. Il comporte 53 questions touchant des aspects importants de notre société : migration, travail, garderies, vie familiale, revenu, langues parlées, origine ethnique et études. Le caractère obligatoire du sondage entraîne un taux de réponse plus élevé et la qualité des données ainsi recueillies est de loin supérieure à celle des enquêtes facultatives.
L'ancien statisticien en chef, Ivan Fellegi, qui a pris sa retraite après une carrière de 51 ans à Statistique Canada, a ciblé une conséquence importante : « Les groupes les plus vulnérables sont les moins susceptibles de répondre au questionnaire. Ainsi, plusieurs données risquent de ne plus être accessibles, notamment celles ayant trait aux peuples autochtones, aux immigrants nouvellement arrivés, aux pauvres ou aux personnes désavantagées ».
Le commissaire aux langues officielles, Graham Fraser, s'inquiète également des répercussions négatives que cette décision peut avoir sur les droits linguistiques des Canadiennes et des Canadiens, particulièrement dans les communautés en situation minoritaire.
Si les gouvernements ne possèdent pas de données fiables au sujet du nombre grandissant d'immigrants, du vieillissement de la population, des besoins des jeunes qui arrivent sur le marché du travail, des peuples marginalisés, des régions rurales, urbaines et éloignées, ils ne pourront plus élaborer de politiques et de programmes avisés permettant d'offrir des services essentiels de façon juste et équitable.
Comme le mentionne l'économiste Armine Yalnizyan : « Il n'y a aucun compromis possible. Priver les Canadiennes et les Canadiens de données exactes, c'est comme demander à un chirurgien d'opérer dans la noirceur. Même s'il est compétent, il fera assurément des erreurs ».
Le nouveau questionnaire à participation volontaire, aussi appelé l'Enquête nationale auprès des ménages, entraîne des coûts additionnels d'au moins 35 millions de dollars. Compte tenu des restrictions budgétaires, quelles sont les enquêtes que Statistique Canada sacrifiera pour combler le manque à gagner?
En prenant cette décision, le gouvernement Harper réalise son objectif idéologique de réduire considérablement le rôle de l'État, ce qui le prive de renseignements essentiels à une planification responsable. En l'absence de données fiables et objectives auxquelles tous ont accès, les citoyens perdent un outil précieux leur permettant d'évaluer si les gouvernements agissent dans leur intérêt.
Date de modification : 2010/07/26







