Le Rassembleur

Dans ce numéro :

Vol. 4, no 3
Automne 2010


Victoire!

Le registre des armes à feu est sauf

POUR : 153. CONTRE : 151. C'est le résultat du vote serré sur la motion du Comité permanent de la sécurité publique et nationale de la Chambre des communes visant à stopper le projet de loi C-391 sur l'abolition du registre des armes d'épaule.

Ce projet de loi d'initiative parlementaire, présenté par Candice Hoeppner, une députée conservatrice, a été défait grâce aux votes des libéraux, des bloquistes et d'une majorité de députés néodémocrates. Et c'est aussi le fruit du lobbying exercé par des militantes et des militants. Au cours des jours qui ont précédé le vote, plusieurs députés néodémocrates ont fait volte-face et annoncé qu'ils voteraient pour la sauvegarde du registre.

Brenda Wood est préposée au traitement des données au Centre des armes à feu Canada, à Miramichi, au Nouveau-Brunswick. Elle était l'un des neuf membres de l'AFPC qui ont assisté, le 22 septembre dernier, au vote qui avait lieu à la Chambre des communes. La délégation en a également profité pour faire des pressions sur certains députés.

« Je ne tenais plus en place tellement j'étais contente, raconte-t-elle. Mais je sais bien que la guerre contre le Programme des armes à feu est loin d'être finie. Aujourd'hui, nous avons gagné une bataille; demain, il faudra recommencer à se battre. »

Patty Ducharme est ambivalente elle aussi. La vice-présidente exécutive nationale de l'AFPC s'est battue pendant des mois pour stopper l'abolition du registre, sauver les emplois des membres et protéger la population canadienne.

« J'étais à la fois contente de résultats du vote et déçue que six députés néodémocrates votent contre la motion des libéraux.

Le registre : un outil précieux

Malheureusement, ce n'est pas fini. La lutte sera longue. »

Même si le projet de loi C-391 est mort, le registre des armes à feu est toujours menacé. Le premier ministre Harper a effectivement déclaré qu'il abolirait le registre et qu'il détruirait les millions de dossiers qu'il contient. Les conservateurs se serviront encore de cet enjeu pour diviser la population canadienne entre milieu rural et milieu urbain parce qu'ils ne comprennent pas que le registre est un moyen efficace de prévenir les morts violentes et de rendre les villes et villages plus sécuritaires.

Pour Debbie Kelly, présidente du Syndicat des employé-e-s du Solliciteur général (SESG), la campagne du gouvernement visant à abolir le registre des armes à feu est un énorme gaspillage des fonds publics. Le SESG, un Élément de l'AFPC, représente les travailleuses et travailleurs affectés à l'enregistrement des armes d'épaule.

Même si elle a « sauté de joie » en voyant les résultats du vote, Mme Kelly demeure très en colère contre les conservateurs, qui ne cessent d'attiser les divisions sur cet enjeu.

« Le gouvernement Harper dépense des millions pour sa campagne sur l'abolition du registre. Je trouve ça scandaleux. »

Selon Patty Ducharme, le registre fédéral des armes d'épaule est très utile pour protéger les travailleuses et travailleurs, particulièrement celles et ceux chargés de l'exécution de la loi et qui oeuvrent dans le secteur de la santé. Le registre permet aussi d'éviter qu'il y ait des décès causés par des armes à feu dans les situations de violence conjugale et que des enfants se blessent avec des armes mal entreposées.

« Il faut enregistrer les voitures, la machinerie lourde, les animaux, bref tout ce qui pourrait se transformer en arme dangereuse, déclare-t-elle. Le gouvernement clame sans arrêt qu'il veut prévenir les crimes, mais refuse de protéger les femmes en maintenant le registre des armes à feu. »

En s'engageant aussi résolument dans cette lutte, l'AFPC avait aussi un autre objectif : protéger les emplois de ses membres qui administrent le registre.

Les militantes et militants de l'AFPC sont très heureux d'avoir gagné cette bataille, mais sont bien conscients qu'ils ont encore un long chemin à parcourir. Ils se réjouissent aussi d'avoir développé de nouvelles compétences en matière d'action politique et de lobbying durant cette campagne.

« Participer à la journée de lobbying à Ottawa a été une de mes plus belles expériences, affirme Brenda Wood. J'ai appris que je pouvais plaider une cause clairement et vigoureusement si nécessaire. »


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Un message du président national

Ententes avec le Conseil du Trésor et l'ARC

Comme vous le savez, l'AFPC a récemment conclu des ententes de principe avec le Conseil du Trésor pour plus de 95 000 membres des groupes PA, SV et EB. Du côté des Services frontaliers (FB) et des Services techniques (TC), les discussions exploratoires ont tourné court et, par conséquent, le syndicat entreprendra les négociations normales en 2011.

Au début des discussions exploratoires, nous avons appris que le gouvernement voulait mettre fin à l'accumulation de l'indemnité de départ volontaire en cas de retraite ou de démission. Les équipes de négociation de l'AFPC avaient un choix difficile à faire : soit continuer les pourparlers avec le Conseil du Trésor, soit attendre au printemps pour discuter de l'indemnité de départ volontaire dans le cadre du processus normal de négociation. Vos dirigeants élus et vos équipes de négociation ont décidé de poursuivre les discussions. Compte tenu du climat économique difficile, de la probabilité d'un budget d'austérité au début de 2011 et de la menace d'un gel des salaires et comme nous savions que le gouvernement voulait éliminer l'élément du passif que représentent les indemnités de départ volontaire, nous avons estimé que les négociations hâtives accélérées offraient une occasion de conclure les meilleures ententes possible pour nos membres.

Les équipes de négociation des groupes PA, SV et EB croient qu'elles sont parvenues à des ententes de principe justes. Ces ententes prévoient des améliorations liées à des revendications de longue date sur des questions financières et opérationnelles ainsi que des hausses salariales qui offriront une sécurité économique et de meilleures conditions de travail aux 95 000 membres qui composent ces groupes. Nous avons aussi obtenu l'amélioration de l'allocation de départ pour les employés de longue date qui sont mis en disponibilité. Les équipes de négociation des PA, SV et EB recommandent la ratification de ces ententes de principe et le Conseil national d'administration - y compris moi-même -, les appuie pleinement.

Les négociations hâtives n'ont pas débouché sur des ententes pour les Services frontaliers (FB) et les Services techniques (TC), mais soyez assurés que l'AFPC redoublera d'efforts pour obtenir des améliorations intéressantes dans le cadre du processus normal de négociation en 2011.

L'AFPC a aussi négocié une entente de principe avec l'Agence de revenu du Canada, en septembre. Les gains comprennent un jour supplémentaire de congé personnel, une définition élargie de la famille, plus de souplesse relativement aux congés pour obligations familiales et l'amélioration de la rémunération des personnes nommées pour une période indéterminée qui occupent un poste par intérim. Ce sont là des gains importants pour les membres du Syndicat des employé-e-s de l'Impôt.

Depuis plusieurs années, la compression graduelle des effectifs par attrition et la réduction du nombre de travailleuses et travailleurs permanents à plein temps ont entraîné des coûts énormes, tout comme l'embauche de personnes nommées pour une période déterminée, sans aucune sécurité d'emploi ou si peu. Les fonctionnaires n'ont d'autre choix que de faire plus avec moins, ce qui est lourd de conséquences.

Tous les jours, nous entendons parler de membres qui ne peuvent servir les Canadiennes et Canadiens dans des délais opportuns parce que le budget de leur ministère est gelé. Par exemple, des gestionnaires de cas aux Anciens Combattants font tout ce qu'ils peuvent pour rappeler en moins de cinq jours les personnes âgées fragiles. Au plus fort de la crise économique, des employés de Service Canada avaient à peine deux secondes de répit entre deux appels de gens ayant besoin d'aide pour remplir leur demande de prestations d'assurance-emploi.

En plus de procurer des avantages évidents à la société, les services publics ont une incidence financière tangible sur la vie des gens. D'après une étude réalisée en 2009 par le Centre canadien de politiques alternatives, les services publics rehaussent grandement le niveau de vie de la majorité des Canadiennes et Canadiens – ces services équivalent à au moins 50 % de leurs revenus.

Les ententes entre l'AFPC et le Conseil du Trésor sont donc capitales, non seulement pour les fonctionnaires visés, mais aussi pour leur entourage, leur famille et leur collectivité. Grâce à la négociation de hausses salariales concrètes, à l'atténuation de problèmes de longue date dans les milieux de travail et au renforcement des dispositions concernant les indemnités de départ involontaires, les effets de ces ententes se multiplient dans les collectivités où vivent ces travailleurs et travailleuses. Les nouvelles ententes apporteront une certitude économique à tous les Canadiens et Canadiennes – qu'ils offrent des services publics ou qu'ils dépendent de tels services pour faire face à la crise économique que nous connaissons présentement.

La responsabilité du gouvernement fédéral va plus loin que ces ententes. Les fonctionnaires ont joué un rôle de premier plan pour aider notre pays à traverser une période économique difficile. Le gouvernement doit maintenant réitérer son engagement à renforcer et à accroître ses services aux gens qui sont aux prises avec le chômage et l'endettement. Nul ne doit être laissé derrière dans les efforts qui tendent vers la reprise de l'économie.

En toute solidarité, John Gordon, président national de l'AFPC


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Des compressions alarmantes

L'attrition et la perte d'emplois d'une durée déterminée compromettent les services publics

Virginia Vaillancourt passe ses journées à discuter avec d'anciens combattants âgés. Plusieurs d'entre eux souhaitent obtenir des explications au sujet des avantages qui leur sont offerts, alors que d'autres sollicitent son aide pour l'achat d'un support de marche ou l'installation d'une rampe d'accès à leur résidence.

Sa charge de travail est lourde. Elle doit répondre à plus de 1 100 personnes et peut tout juste retourner ses messages téléphoniques en l'espace de cinq jours, ce qui représente un délai considérable pour bien des gens. Mais pour les personnes âgées que Mme Vaillancourt dessert, lesquelles ont souvent une santé fragile, cela peut sembler une éternité.

« Il est difficile de rappeler les gens dans des délais convenables. Nous essayons de le faire à l'intérieur d'une période maximale de cinq jours, mais nous n'arrivons pas toujours à respecter ce délai, de sorte que les gens rappellent et laissent de nombreux messages », explique-t-elle.

L'alourdissement de sa charge de travail n'est pas le fruit du hasard. Depuis que le gouvernement Harper a ordonné un gel des dépenses généralisé dans son budget de 2010, les travailleuses et travailleurs du secteur public fédéral ont dû apprendre à faire plus avec moins. Cependant, comme le démontre Mme Vaillancourt, ce ne sont pas uniquement les travailleurs et travailleuses qui en subissent les conséquences. Ce gel pénalise également ceux et celles qui cherchent à obtenir des services indispensables; dans ce cas-ci, d'anciens combattants âgés.

Le président du Conseil du Trésor, Stockwell Day, a minimisé l'importance des récentes compressions appliquées par le gouvernement, lesquelles ont en grande partie pu être réalisées grâce à l'attrition et au non-renouvellement de postes temporaires. Les conservateurs laissent entendre que ces compressions n'ont que très peu d'incidence sur les services publics et sur le personnel qui livre ces services.

Un abus de pouvoir

Mojdeh Rahbari Cox est totalement en désaccord avec cette dernière supposition. Jusqu'en septembre dernier, Mme Cox travaillait pour Service Canada à London, où elle traitait les demandes d'assurance-emploi. Membre active du syndicat, elle était présidente de sa section locale et est toujours très présente dans la Région de l'Ontario de l'AFPC.

Lorsque le gouvernement fédéral a annoncé, en septembre, qu'il supprimait 600 postes de durée déterminée et qu'il éliminerait 600 autres emplois en janvier 2011, le contrat de Mme Cox n'a pas été renouvelé. Le taux de chômage atteignait alors les 8 %, correspondant à près de 1,5 million de travailleurs et travailleuses sans emploi, soit 350 000 de plus qu'au début de la crise.

Selon Mme Cox, la dépendance du gouvernement envers les employées et employés nommés pour une période déterminée pour assumer des rôles indispensables n'est rien de moins qu'un « abus de pouvoir flagrant ». Comme plusieurs de ses collègues, Mme Cox a d'abord été embauchée par Service Canada sur la base d'un contrat à durée déterminée, avant de se voir offrir un poste à court terme doté d'une « disposition de réexamen ».

À l'aide d'un financement de relance provisoire, le gouvernement a créé ces nouveaux postes afin de pouvoir répondre à un nombre considérable de demandes d'assurance-emploi. Des postes qu'il a toutefois dotés de conditions particulières, privant ainsi les employées et employés de la possibilité d'accumuler leurs années de service et d'obtenir un poste permanent.

Au moment d'écrire cet article, le tiers des employées et employés travaillant au même bureau que Mme Cox, à London, occupaient un poste d'une durée déterminée. En outre, nombre d'entre eux venaient tout juste de perdre leur emploi ou s'attendaient à se trouver en situation de chômage au cours de l'hiver.

Les jeunes sont ciblés

Selon Mme Cox, « les jeunes travailleurs et travailleuses sont prêts à faire n'importe quoi » pour obtenir un emploi au sein de la fonction publique fédérale. Cela signifie notamment qu'ils sont d'accord pour occuper des postes d'une durée déterminée. Et la précarité de leur situation les rend peu disposés à s'impliquer au sein de leur syndicat.

Cette situation est d'autant plus tragique que les centaines de personnes qui ont été congédiées à Service Canada représentent l'avenir de la fonction publique. Les employées et employés occupant des postes temporaires sont considérablement jeunes et proviennent souvent de communautés racialisées ou autochtones. Tout comme Mme Cox, ils sont impatients d'obtenir un emploi permanent et espèrent pouvoir dévouer leur vie professionnelle au service du public. Si seulement on leur en donnait la chance…

Des ressources gaspillées

Cette façon de procéder, improvisée, consistant à embaucher des employées et employés nommés pour une période déterminée, pour ensuite refuser de renouveler leur contrat puis encore embaucher une « cuvée » entièrement nouvelle, est généralisée au sein de la fonction publique fédérale. Sous prétexte d'un retard de travail accumulé ou d'une situation d'urgence, les ministères embauchent du personnel pour une période déterminée afin de combler les lacunes.

Sous le couvert d'un « gel du recrutement », ils répètent constamment cette façon de faire, créant ainsi un va-et-vient continuel de travailleurs et de travailleuses. C'est d'ailleurs ce qui s'est passé à Sydney, en Nouvelle-Écosse.

En effet, au printemps, Citoyenneté et Immigration Canada a annoncé qu'il mettait fin à 147 emplois temporaires et occasionnels à son centre de traitement de Sydney (N.-É.).

Cette mesure a entraîné des délais plus longs dans le traitement des demandes de citoyenneté. En outre, les demandes d'admission au programme des travailleurs qualifiés comportaient déjà une attente de sept ans.

La combinaison des pressions exercées par les membres de l'AFPC et de la charge de travail écrasante au centre de traitement de Sydney a forcé le gouvernement à modifier ses plans. Par conséquent, l'embauche de ces 160 nouveaux employés temporaires contribuera à réduire le temps d'attente pour les Néo-Canadiens et à faciliter leur intégration au sein de la société canadienne.

Il ne s'agit toutefois que de postes temporaires. Le temps et les coûts associés à la formation constante de nouveaux membres du personnel sont considérables. Et c'est sans compter la tension que vivent les travailleuses et travailleurs, qui n'ont aucune garantie d'emploi au-delà des prochains mois.

Les cas de dépression à la hausse

Un autre aspect peu souvent abordé de l'impact des emplois temporaires sur les travailleurs et travailleuses est lié aux conséquences de ce type d'emploi sur leur bienêtre. Il a été démontré que l'instabilité constante associée au travail contractuel a une incidence négative sur la santé mentale des travailleuses et travailleurs. Selon Bill Wilkerson de la Global Business and Economic Roundtable on Mental Health, la dépression est aujourd'hui la plus importante « crise de santé publique » au pays.

Au Canada, 30 à 40 % des demandes d'invalidité sont liées à la dépression. Parmi les fonctionnaires, les demandes en santé mentale ont doublé entre 1991 et 2007, atteignant aujourd'hui 45 % de toutes les demandes d'invalidité.

Du personnel essentiel

« J'ai accepté cet emploi au ministère des Anciens Combattants parce qu'il est important de redonner à ceux et celles qui ont servi leur pays, a précisé Mme Vaillancourt. Il arrive parfois que je ne prenne pas un repas ou bien que je reste plus tard au bureau, le soir, afin de m'assurer que je prends bien soin d'eux. Le service à la clientèle est important pour moi. »

Selon John Gordon, président national de l'AFPC, l'épuisement professionnel que vivent les travailleuses et travailleurs de même que la diminution des services publics sont le résultat inévitable des suppressions d'emplois faites de façon impulsive.

« Pour être en mesure d'offrir des services publics de qualité, il faut du personnel; c'est la base, a affirmé M. Gordon. Confier du travail supplémentaire à des employées et employés déjà surchargés ne constitue certes pas une façon intelligente de desservir les Canadiens et Canadiennes. Inévitablement, la qualité des services publics en souffrira. »

Pour vous joindre à la campagne de l'AFPC visant à défendre les services publics, rendez-vous au www.psac-afpc.com.


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Victoire! La campagne de l'AFPC contre les compressions budgétaires porte fruit

Grâce aux pressions et à la résistance des membres de l'AFPC, non seulement le traitement des demandes de citoyenneté se poursuivra, mais il sera également plus rapide. Ainsi, les demandeurs n'auront plus à attendre avec inquiétude et pendant de longs mois avant d'obtenir une réponse.

En effet, le ministère de la Citoyenneté et de l'Immigration du Canada (CIC) a récemment annoncé qu'il embauchera jusqu'à 160 employés nommés pour une durée déterminée. Ces personnes traiteront les arriérés quant aux demandes d'immigration, de cartes de résidence permanente et d'admission au programme des travailleurs immigrants qualifiés acheminées au centre de traitement de Sydney, en NouvelleÉcosse. Ces travailleuses et travailleurs sont représentés par le Syndicat de l'emploi et de l'immigration du Canada (SEIC), un Élément de l'AFPC.

Au printemps, Citoyenneté et Immigration Canada a annoncé qu'il mettait fin à 147 emplois temporaires et occasionnels à son centre de traitement de Sydney (N.-É.).

Le président de la section locale 80226 du SEIC, Wilf Mackinnon, affirme que cette annonce va à l'encontre des pratiques habituelles de l'organisation. En fait, la plupart de ces employées et employés auraient normalement vu leur contrat de travail renouvelé à la fin de l'année financière. M. Mackinnon et ses compatriotes militants savaient qu'il serait impossible de continuer à offrir des services tout en respectant les délais avec une main-d'oeuvre à ce point insuffisante.

Et ils avaient raison, puisque cette mesure a entraîné des délais encore plus importants dans le traitement des demandes de citoyenneté. En outre, les demandes d'admission au programme des travailleurs qualifiés comportaient déjà une attente de sept ans.

Le chef délégué syndical Steve Purcell est parmi les employés dont le contrat n'a pas été renouvelé. Il a été réembauché quelques semaines plus tard.

« Nous devions expliquer à la population qu'il ne s'agissait pas seulement de préserver 147 emplois, mais que le gouvernement tentait ainsi d'équilibrer son budget au détriment de nos clients, de nos familles et de notre communauté », précise M. Purcell.

L'épine dorsale de l'économie

À Sydney, le chômage est à la hausse. Au printemps dernier, la municipalité a perdu 80 emplois à temps plein et à temps partiel lorsque la plus grande boîte de nuit et le plus important restaurant de l'endroit ont cessé leurs activités. De plus, des postes ont été abolis au Cape Breton Post à la suite du regroupement de certaines fonctions par Transcontinental Médias. Puis, encore d'autres Cap-Bretonnais et Cap-Bretonnaises se sont retrouvés sans emploi lorsque le centre d'appels de Bell Alliant a fermé ses portes. Étant le troisième plus important employeur au sein de la communauté, l'onde de choc a été ressentie dans toute la collectivité à la suite des suppressions massives d'emploi effectuées par CIC.

Pour les militantes et militants, il était évident que le non-renouvellement de ces emplois à Sydney constituait un signe concret que le gel des dépenses contenu dans le budget fédéral aurait une incidence directe sur les petites communautés et les populations immigrantes.

Les membres ont donc immédiatement rallié leurs forces pour établir une stratégie. Ils ont fait part de leurs préoccupations aux députés Mark Eyking et Roger Cuzner de même qu'au maire de la municipalité régionale du Cap-Breton. Ils ont également fait des démarches auprès de la chambre de commerce de l'endroit.

Deux semaines après l'annonce, les travailleuses et travailleurs ont organisé une marche avec la communauté, laquelle a rassemblé quelque 200 personnes au coeur du centre-ville. L'AFPC-Atlantique a lancé la campagne « Écrivez à votre député » visant à demander au gouvernement fédéral de protéger les emplois et les services publics à Sydney.

« Du bureau discret que nous étions, nous sommes devenus plutôt bruyants à cause de cette lutte que nous avons menée », indique M. Mackinnon.

Des actions qui portent fruit

La combinaison des pressions exercées par les membres de l'AFPC et de la charge de travail écrasante au bureau du CIC de Sydney a forcé le gouvernement à modifier ses plans. Par conséquent, l'embauche de ces 160 nouveaux employés temporaires contribuera à réduire le temps d'attente pour les Néo-Canadiens et à faciliter leur intégration au sein de la société canadienne.

M. Mackinnon souligne une autre victoire : aucun des 160 postes n'est temporaire. Ce sont des postes dotés pour une période déterminée (de sept mois) qui ne sont pas des postes de temporisation, ce qui signifie que si leur contrat est prolongé, les travailleuses et travailleurs seront en mesure d'accumuler ces années de service. La section locale espère qu'il en résultera un moins grand renouvellement des effectifs.

« Ce que nous souhaitons, en fin de compte, ce sont des postes de durée indéterminée et non pas des solutions provisoires », exprime M. Mackinnon.

Au service de la population canadienne

Les travailleuses et travailleurs qui ont pris part à cette lutte sont fiers d'avoir attiré l'attention sur le manque de personnel chronique et le sous-financement des services publics qu'ils offrent.

« Les gens qui immigrent au Canada, les nouveaux citoyens et citoyennes de même que la population canadienne en général devraient avoir droit à un service rapide de la part du gouvernement », a déclaré Jeannette Meunier- McKay, présidente du Syndicat de l'emploi et de l'immigration du Canada (SEIC).

« Cette victoire prouve bien que l'action politique peut changer les choses, a indiqué John Gordon, président national de l'AFPC. Nous continuerons à revendiquer des postes permanents pour les travailleuses et travailleurs du CIC afin qu'ils continuent de servir adéquatement les demandeurs de citoyenneté et tous les Canadiens et Canadiennes. »


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L'AFPC défend l'égalité en milieu de travail

L'Alliance de la Fonction publique du Canada a décidé d'agir pour protéger l'égalité en milieu de travail après les récentes attaques du gouvernement Harper à l'équité en matière d'emploi.

C'est une plainte du ministre de la Citoyenneté et de l'Immigration, Jason Kenney, qui a incité le président du Conseil du Trésor, Stockwell Day, à ordonner un examen des pratiques d'embauche au gouvernement fédéral. Ce faisant, M. Day a contribué à entretenir des mythes et des mensonges concernant l'équité en matière d'emploi.

Les journalistes et les défenseurs des droits de la personne s'entendent pour dire que cette attaque n'était qu'un coup d'éclat sans substance. Jason Kenney et Stockwell Day ignorent les faits entourant l'équité en matière d'emploi et refusent de se pencher sérieusement sur le manque de diversité au sein de la fonction publique fédérale.

« Le gouvernement Harper vient renforcer l'idée erronée que l'équité en matière d'emploi est incompatible avec le principe de l'égalité des chances, a déclaré Patty Ducharme, vice-présidente exécutive nationale de l'AFPC. Au contraire, l'équité en matière d'emploi garantit que l'embauche se fait selon le mérite, tout en cherchant à assurer une main-d'oeuvre diversifiée et représentative de la société canadienne. »

Ce que vous devez savoir au sujet de l'équité en matière d'emploi

  1. L'équité en matière d'emploi garantit l'égalité en milieu de travail

    Toute personne mérite une chance égale de poser sa candidature à des postes et de progresser dans sa carrière. L'équité en matière d'emploi favorise l'égalité des chances en garantissant que les pratiques en matière d'emploi, notamment celles relatives à l'embauche et aux promotions, ne sont pas influencées par du favoritisme, des préférences ou des préjugés. Les compétences et les capacités de toutes les personnes devraient être reconnues. L'équité en matière d'emploi permet à toute personne d'avoir accès à des occasions d'emploi − et non seulement à ceux et celles qui ressemblent au patron et partagent ses opinions.

  2. L'équité en matière d'emploi rend les milieux de travail représentatifs de la population qui reçoit les services

    L'an dernier, les travailleuses et travailleurs racialisés représentaient moins de 10 pour cent des effectifs fédéraux, contre plus de 15 pour cent de la population active. Selon les prévisions, un Canadien sur cinq sera une personne racialisée en 2017. Si le gouvernement fédéral entend mieux servir les Canadiens et Canadiennes, il doit se doter d'une main-d'oeuvre représentative de la population.

  3. L'équité en matière d'emploi élimine les désavantages systémiques

    La discrimination n'est pas toujours directe et flagrante; elle est parfois ancrée dans nos systèmes, nos pratiques et nos politiques. Les gens ont une tendance naturelle à se lier d'amitié ou à embaucher des gens qui leur ressemblent et qui pensent comme eux. L'équité en matière d'emploi propose une méthode proactive pour éliminer la discrimination systémique au travail grâce au recrutement de membres de groupes traditionnellement sous-représentés, à savoir les femmes, les Autochtones, les membres des minorités visibles (groupes racialisés) et les personnes ayant un handicap.

  4. L'équité en matière d'emploi n'exige pas des employeurs qu'ils fixent des quotas

    L'équité en matière d'emploi n'exige pas que les employeurs fixent des quotas d'embauche. Elle leur demande d'analyser leurs effectifs et d'établir leurs propres objectifs d'embauche, en tenant compte de la composition de leur milieu de travail comparativement à celle de la population en général. Cela leur permet de prendre des mesures pour rendre leur milieu de travail représentatif et équitable avec le temps.

  5. L'équité en matière d'emploi permet de créer une société juste

    L'équité en matière d'emploi est une condition essentielle à la création d'une société juste. Nous savons que la discrimination existe et que les femmes, les Autochtones, les personnes racialisées et celles handicapées continuent de se heurter à des obstacles, lesquels ne pourront être éliminés sans une intervention planifiée.

    Comme l'a dit la juge Rosalie Abella : « De deux choses l'une : ou bien on planifie la suppression des obstacles, ou bien on attend indéfiniment qu'ils disparaissent, ce qui veut dire qu'entre-temps, on tolère la discrimination et les préjugés. Ce sont les gestes que nous posons pour mettre fin aux injustices qui témoignent de notre engagement envers l'égalité ».


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Un rapport du Sénat blâme le gouvernement fédéral pour son inaction dans le dossier de l'équité en matière d'emploi

Le 15 juin 2010, le Comité sénatorial permanent des droits de la personne a rendu public son deuxième rapport sur l'équité en emploi dans la fonction publique fédérale, intitulé Refléter le nouveau visage du Canada.

Dans ce rapport, le Comité constate qu'il y a encore beaucoup de chemin à parcourir en matière d'équité en emploi à la fonction publique fédérale. Aussi demandet-il au gouvernement de mettre en oeuvre dès maintenant des mesures concrètes en la matière.

« Le Comité l'a dit clairement : il est inconcevable qu'en 2010 l'équité en emploi ne soit toujours pas une réalité à la fonction publique fédérale », déclare John Gordon.

L'AFPC partage bon nombre des préoccupations qu'a soulevées le Comité et a pu lui exposer ses vues sur le sujet à deux reprises.

L'écart se creuse

Selon le rapport :

  • L'écart continue de se creuser en ce qui concerne la représentation des personnes racialisées, même si « la représentation des minorités visibles parmi les candidats à l'emploi dans la fonction publique représentait plus du double de leur disponibilité dans la population active et que… de tous les demandeurs d'emploi, les personnes appartenant à une minorité visible étaient les plus instruites ».

  • Les femmes demeurent sous-représentées au sein des postes de direction et sont encore surreprésentées dans les postes pour une durée déterminée.

  • Les Autochtones sont concentrés dans certains ministères et ne sont donc pas représentés équitablement dans l'ensemble de la fonction publique fédérale.

  • Le taux de recrutement de personnes handicapées demeure en deçà de leur représentation dans la population active.

Le Comité estime que ces problèmes sont causés, entre autres, par le recours excessif aux emplois occasionnels et d'une durée déterminée, par la non-reconnaissance des titres de compétence étrangers et de l'expérience acquise, et par le fait que les gestionnaires ne sont pas tenus de rendre des comptes lorsque les objectifs d'équité en matière d'emploi ne sont pas atteints.

Le rapport du Comité renferme 13 recommandations portant notamment sur des stratégies de dotation, de meilleures mesures de reddition de comptes et une hausse du financement « pour permettre à tous les ministères et organismes publics fédéraux d'atteindre leurs objectifs d'équité en emploi ».

L'AFPC demande au gouvernement fédéral de mettre en oeuvre sans tarder les recommandations du Comité sénatorial et a soulevé ce point dans le cadre de réunions avec le Conseil du Trésor et la Commission de la fonction publique.


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1 000 ateliers pour le Programme d'apprentissage mixte de l'Alliance

Les représentants et représentantes du syndicat et de la direction se trouvent rarement assis du même côté de la table. Lorsqu'il est question de réunions, de négociations ou de grèves, les relations de travail peuvent souvent se transformer en un affrontement. Cependant, grâce au Programme d'apprentissage mixte (PAM), les représentantes et représentants du Conseil du Trésor et les membres de l'AFPC travaillent en collaboration pour offrir de la formation en milieu de travail.

Le PAM est un partenariat entre l'AFPC et le Secrétariat du Conseil du Trésor du Canada. Relancé en 2007, ce programme est le fruit d'une première entente intervenue entre le syndicat et l'employeur à la suite de négociations contractuelles visant à offrir des activités d'apprentissage dans le but d'améliorer les relations patronales-syndicales au sein de la fonction publique.

Le PAM constitue un réel partenariat, l'AFPC et l'employeur travaillant ensemble afin de gérer conjointement le programme et de concevoir de la documentation présentant le point de vue des deux parties.

Karen Smith, organisatrice d'ateliers, travaille comme agente des programmes jeunesse à un bureau de Service Canada en Colombie-Britannique.

« Je me souviens une époque à laquelle la rupture entre les deux parties était entière. Mais j'ai appris qu'il est de loin préférable de travailler ensemble », a-t-elle mentionné.

L'objectif du PAM est d'améliorer les relations de travail et d'aider les employées et employés à comprendre le rôle du syndicat et celui de la direction en milieu de travail. Pour ce faire, les ateliers se penchent sur cinq sujets : comprendre la convention collective, expliquer la consultation syndicale-patronale, promouvoir l'équité en matière d'emploi, prévenir le harcèlement et lutter contre la discrimination.

« En fait, il s'agit de comprendre ce qu'améliorer le milieu de travail et oeuvrer en partenariat signifient réellement », a précisé Danielle Dubuc, animatrice.

Mme Dubuc est agente des services frontaliers au poste de Saint-Bernard-de-Lacolle, au Québec.

« Les participants et participantes trouvent les ateliers efficaces puisque les deux parties y jouissent d'une tribune neutre ».

Le 14 avril 2010, une étape importante a été franchie : on a offert le 1 000e atelier dans le cadre du PAM. Plus de 2 000 personnes se sont portées volontaires pour animer ces 1 000 ateliers, auxquels quelque 20 000 travailleurs et travailleuses ont participé. Ces chiffres démontrent la vitalité du programme et la réputation qu'il a su se forger au sein de la fonction publique.

« Il n'est pas nécessaire de chercher bien loin pour comprendre qui sont les vrais responsables du succès du Programme d'apprentissage mixte, a affirmé John Gordon, président national de l'AFPC. Les organisateurs et organisatrices des ateliers ainsi que ceux et celles qui les animent, qui travaillent dans l'ombre pour offrir des formations fort nécessaires, sont les véritables héros de ce programme ».


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Les employés et employées du Casino de Regina obtiennent de meilleurs avantages et développement de nouvelles amitiés

Une grève de 52 jours démontre le pouvoir de la solidarité et de la créativité

par Jeffrey Vallis

C'était le 3 juin 2010. Le jour 3 de la grève au Casino de Regina. Le soleil venait tout juste de se coucher et la rue, de s'illuminer à la lueur de centaines de cierges. Les employées et employés du Casino et leur famille piquetaient, torches à la main, agitant des drapeaux de l'AFPC tout en sifflant et en poussant des cris d'encouragement. Le bruit résonnant qu'on entendait alors ne trouvait écho que dans le son inépuisable des klaxons d'alliés qui passaient par là.

Peut-être cette activité visait-elle à envoyer un message fort et clair à l'employeur. Peutêtre les cierges symbolisaient-ils l'ardent désir de justice et de reconnaissance des membres. Ou peut-être était-ce uniquement une activité destinée à amuser les enfants et à divertir les grévistes.

Mais qu'importe son objectif ultime, elle a su donner le ton aux sept semaines qui allaient suivre. Ces travailleuses et travailleurs étaient passionnés. Ils se sentaient forts et étaient prêts à lutter.

Des travailleurs et travailleuses solidaires

Les négociations entre l'AFPC et la Société des jeux de hasard de la Saskatchewan ont commencé le 22 septembre 2009, les membres étant alors sans contrat de travail depuis le 31 mai de la même année. Puisqu'aucune entente ne pointait à l'horizon, le 3 juin 2010, 465 travailleuses et travailleurs sont descendus dans la rue.

« Le soutien qui s'est manifesté sur le piquet de grève était incroyable, explique Fran Mohr, président de la section locale 40005 et caissier au Casino. Tout le monde était de bonne humeur et nous étions tous tellement touchés par l'appui indéfectible de la communauté à notre cause. »

La plus importante manifestation d'appui est probablement celle des membres du Retail, Wholesale and Department Store Union (RWDSU), qui travaillent également au Casino et qui ont accepté de ne pas traverser le piquet de grève. Les membres de la section 240 du RWDSU ont donc emboîté le pas aux grévistes de l'AFPC, donnant ainsi tout son sens au mot « solidarité ».

Sandra Nicholls, membre du RWDSU, reconnaît que l'union fait la force.

« Bien que nous fassions partie de deux syndicats différents, nous luttons pour la même cause, déclare-t-elle. Nous étions là pour soutenir l'AFPC. Après tout, ce sont nos confrères et consoeurs. »

De nouvelles amitiés

Sans surprise, le fait de participer ensemble à un piquet de grève pendant 52 jours a renforcé le statut de la section locale en tant que famille. Marchant côte à côte le long de la promenade Saskatchewan, en face du Casino, les membres ont ainsi appris à connaître, au-delà de leurs visages, le nom de leurs collègues, leur famille et leurs histoires.

« Lorsque j'y repense, j'en ai les larmes aux yeux, confie Antoinette Pelletier, préposée aux machines à sous au Casino de Regina. La grève nous a rapprochés et nous a unis en tant que syndicat et en tant que famille. Lorsqu'on pense à ce que nous avons accompli, on apprend à estimer la valeur de chacun de nos confrères et de chacune de nos consoeurs. »

Ces liens qu'ils ont tissés les ont probablement aidés à faire face aux critiques sévères dont ils ont fait l'objet de la part de certains observateurs anonymes dans le cadre de tribunes téléphoniques ou de personnes excédées par le piquet de grève; des critiques que la plupart des membres ont su ignorer. L'attaque la plus blessante est toutefois venue d'un membre d'un autre syndicat.

Un travailleur de la santé, qui n'avait pas le droit de grève en raison de la Loi sur les services essentiels du gouvernement de Brad Wall, a écrit une lettre à la rédaction d'un journal dans laquelle il disait n'avoir aucune sympathie pour les grévistes du Casino.

Deziray Buffalo, préposée aux machines à sous au Casino, a riposté en écrivant une lettre à son tour; une lettre sincère et sans détour.

« Je voulais que les gens réalisent que nous sommes des êtres humains, comme eux, et que nous avons une vie, une famille. Il ne s'agissait pas d'attirer l'attention, explique-t-elle au sujet de sa réponse, qui a été publiée. Chaque jour, je devais choisir quelle facture j'allais payer et quelle autre pouvait attendre. Je devais aussi me questionner à savoir quels aliments étaient absolument nécessaires et quelle quantité devrais-je ingurgiter pour m'assurer que le bébé qui grandissait en moi aurait tout ce qu'il lui fallait pour bien grandir, sans trop en manger toutefois, pour faire durer nos provisions le plus longtemps possible. Le plus difficile était d'interdire aux enfants de prendre les collations qu'ils désiraient. Ça me brisait le coeur. »

Malgré le fait que toute grève a son lot d'obstacles et d'éléments négatifs, deux mois plus tard, les employées et employés du Casino gardent de cette grève un souvenir très positif. Les membres la décrivent d'ailleurs comme ayant été « stimulante », « impressionnante » et « unificatrice ».

Un engagement inébranlable

Cette grève était la première des employées et employés du Casino depuis leur syndicalisation, il y a 14 ans, et leurs efforts ont porté fruit. Une entente a été conclue le 23 juillet 2010, laquelle leur a permis d'obtenir trois ans et sept mois d'augmentations salariales, pour un total de 6,67 %. Ils ont aussi obtenu une prime de quart (pour le travail de nuit, en semaine) de 60 cents pour toutes les heures travaillées entre 20 h et 6 h, de même que l'amélioration de leurs avantages et la mention du congé familial dans leurs conventions collectives.

Robyn Benson, vice-présidente exécutive régionale pour la région des Prairies, attribue cette réussite au travail acharné et à l'enthousiasme des membres.

« J'ai été impressionnée par l'engagement et la camaraderie dont ont fait preuve les membres. La solidarité, le dévouement et la détermination qui se sont manifestés sur le piquet de grève sont sans précédent », dit-elle.

Jim Boychuk, gardien de sécurité au Casino de Regina, est du même avis. Il affirme que le temps passé sur le piquet de grève lui a appris la puissance du mouvement ouvrier et la signification du mot « solidarité ».

« Nous sommes plus grands que ce qu'on peut même imaginer, s'exclame-t-il. Unis, nous avons une influence extrêmement puissante. »

Jeffrey Vallis est agent régional d'action politique et de communications pour la région des Prairies.


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Le Tribunal canadien des droits de la personne soutient le droit d'être parent sans discrimination

La victoire de Fiona Johnstone souligne les défis auxquels doivent faire face les travailleurs et travailleuses de quarts qui ont de jeunes enfants

Il est déjà bien difficile pour les parents de jeunes enfants d'arriver à trouver des services de garde de qualité, mais dans le cas de Fiona Johnstone, cela relevait tout simplement de l'exploit.

Mme Johnstone et son conjoint sont tous deux agents des services frontaliers. Ils travaillent selon un régime de quarts rotatifs et imprévisibles. Après avoir donné naissance à leur premier enfant, ils ont tenté de trouver une solution en matière de services de garde. Toutefois, aucun pourvoyeur de ce type de services n'était en mesure d'accommoder un horaire de travail incluant 11 différentes heures d'entrée possibles et un horaire changeant tous les 56 jours.

Mme Johnstone, dévouée à sa carrière, a alors demandé à des membres de sa famille de dispenser des services de garde informels. Elle a demandé à l'Agence des services frontaliers du Canada (ASFC) de lui permettre de travailler selon un horaire fixe, sachant que d'autres employés s'étaient vu offrir de tels horaires à la suite de demandes d'accommodation pour des raisons d'incapacité ou des motifs religieux.

Son employeur a toutefois refusé catégoriquement d'acquiescer à sa demande. Mme Johnstone a donc été forcée de réduire ses heures de travail à 34 heures par semaine afin de pouvoir remplir ses obligations parentales. En plus d'être privée de ses chances d'avancement et des occasions de formation, le salaire de Mme Johnstone s'en est trouvé réduit de même que ses cotisations au régime de retraite.

Mme Johnstone a donc fait appel à l'AFPC dans le but de déposer une plainte auprès de la Commission canadienne des droits de la personne. Le 6 août dernier, le Tribunal canadien des droits de la personne rendait une décision qui lui était favorable, concluant que l'ASFC avait agi de façon discriminatoire envers elle, fondé sur sa situation familiale. Elle a été dédommagée pour la perte de salaire et d'avantages sociaux, et 35 000 $ lui ont été versés pour les souffrances et douleurs causées de même que pour l'inconduite délibérée et insouciante dont a fait preuve l'employeur. Le Tribunal a en outre ordonné à l'ASFC de modifier ses politiques en matière de demandes d'accommodement liées à la situation familiale.

Dans le jugement rendu, Kerry-Lynne Findlay, membre du Tribunal, écrit : « … la liberté de choisir de devenir parent est si essentielle que la crainte de subir des conséquences discriminatoires ne devrait pas la restreindre. En tant que société, le Canada devrait reconnaître cette liberté fondamentale et appuyer ce choix dans toute la mesure du possible ».

La difficulté de concilier travail par quarts et famille

Jamie Kass est totalement d'accord avec cette affirmation. Défenseure de longue date des services de garde et coordonnatrice du Fonds de garde d'enfants du Syndicat des travailleurs et travailleuses des postes, Mme Kass connaît bien les défis en matière de garde d'enfants auxquels doivent faire face les travailleuses et travailleurs de quarts. Elle voyage dans tout le pays afin d'aider à mettre en place des centres de la petite enfance qui répondent aux besoins des facteurs et factrices ainsi que du personnel des centres d'appels – dont certains sont membres de l'AFPC.

« Les travailleurs de quarts sont les plus difficiles à accommoder, a-t-elle indiqué dans une entrevue qu'elle a accordée récemment. Au bureau de poste, les horaires désynchronisés – des parents qui travaillent selon différents quarts – sont monnaie courante. Cette situation se traduit en ce qu'on pourrait appeler un “rôle parental en série”, alors que les parents assument à tour de rôle les différentes responsabilités liées aux soins à donner à leurs enfants et qu'ils n'ont que rarement la possibilité d'être ensemble. Certaines familles dont les deux parents sont des travailleurs de quarts doivent carrément se rencontrer dans le stationnement pour se remettre leurs enfants chaque jour », a-t-elle expliqué.

Mme Kass a passé de nombreuses années à travailler de concert avec les centres de la petite enfance, leur procurant du financement afin qu'ils puissent offrir des heures flexibles pour accommoder les travailleuses et travailleurs de quarts. Cela s'est toutefois révélé être difficile, puisque la plupart des parents ne souhaitaient pas que leurs enfants passent la nuit ailleurs que dans leur propre lit. En outre, pour les parents affectés aux postes de soirée, il était très difficile de devoir réveiller leurs enfants, les habiller puis les remettre au lit une fois de retour à la maison.

« Il existe très peu de possibilités en matière de garde d'enfants pour les travailleurs et travailleuses de quarts, particulièrement dans un milieu réglementé sans but lucratif », a précisé Mme Kass.

Une question de droits et de rétention

Donna Lero est titulaire de la Chaire Jarislowsky sur la famille et le travail à l'Université de Guelph. Selon elle, les employeurs qui refusent d'accommoder leurs employés et employées en raison de leur situation familiale sont les grands perdants. Avec un effectif vieillissant sur le point de partir à la retraite, les employeurs se bousculeront afin d'arriver à pourvoir des postes à partir d'un bassin de candidates et de candidats de moins en moins nombreux. Mme Lero indique que l'accommodement des employés et employées en raison de leur situation familiale sera bientôt un facteur essentiel de rétention.

« C'est une question de droits, mais bien franchement, c'est aussi une question de saine gestion des affaires et de bonnes valeurs », a-telle mentionné. Pour Mme Lero, une réticence à accommoder les gens en raison de leurs responsabilités familiales « ne constitue pas une très bonne façon d'avoir un personnel efficace et dévoué ».

Mme Lero précise que le manque de services de garde constitue un obstacle majeur pour de nombreuses femmes qui souhaitent entrer ou retourner sur le marché du travail.

« Les problèmes rencontrés peuvent avoir un effet sur la facilité que vous avez à vous faire embaucher. Il est extrêmement difficile de trouver des services de garde adéquats lorsque vos heures de travail sont imprévisibles. Il faudrait alors que le conjoint ou la conjointe, ou un membre de la famille soit en mesure d'assumer cette responsabilité. Et cette situation est aussi difficile pour les enfants. Lorsque vous devez travailler selon de tels horaires, il ne s'agit pas uniquement de trouver et de parvenir à conserver des services de garde de qualité, c'est aussi une question de qualité de votre vie familiale. »

Pour Mme Kass, le plus intéressant au sujet de la décision rendue dans l'affaire Johnstone est l'affirmation du Tribunal selon laquelle la liberté d'avoir des enfants est un droit fondamental de la personne – et non pas seulement une responsabilité individuelle.

« À la fin de la journée, trouver des services de garde qui peuvent accommoder les travailleurs et travailleuses de quarts d'une façon qui convient à la fois aux deux parents – tous deux travailleurs de quarts – ainsi qu'à leurs enfants est particulièrement difficile. Mais si plus d'employeurs sont forcés d'accommoder leurs employées et employés en raison de leur situation familiale, cela mettra une certaine pression sur les gouvernements pour qu'ils offrent des services de garde réglementés sans but lucratif. »

L'ASFC a dèposé une demande de révision judiciaire de la décision du Tribunal. L'AFPC luttera pour que soit confirmée la victoire de Mme Johnstone.


Date de modification : 2011/10/14



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